imprimer fermer la fenêtre
 

Des infections responsables de 4 000 morts par an
Le Monde 27.07.2003
par Sandrine Blanchard

Au manque d'hygiène s'ajoute la résistance aux antibiotiques.

C'EST UN SUJET qui peut faire froid dans le dos. D'après des enquêtes de prévalence, environ 800 000 patients contractent chaque année en France une infection nosocomiale, c'est-à-dire à l'hôpital. Si ces infections présentent des degrés de gravité très divers - selon l'état médical initial du malade, son âge et la virulence de l'agent infectieux -, certaines peuvent être fatales. Alors que le chiffre de 10 000 décès par an était communément avancé, une étude, réalisée en 2002 par le Centre de coordination de la lutte contre les infections nosocomiales (CCLIN) Paris-Nord auprès de 16 hôpitaux volontaires, évalue, pour la première fois, la proportion de décès directement imputable à ce type d'infection.

SENSIBILISER LES PROFESSIONNELS.
Analysant 1 945 décès survenus après 48 heures d'hospitalisation, les experts du CCLIN ont estimé que 284 décès étaient imputables à une infection nosocomiale, dont 155 " de manière possible " et 129 " de manière certaine ". Parmi ces 129 décès, 55 concernent des patients pour lesquels le pronostic vital " n'était pas engagé ". En extrapolant ces chiffres à l'échelle nationale, les experts du CCLIN estiment que les infections nosocomiales " contribuent directement de façon certaine " au décès d'environ 4 000 patients chaque année en France. " Ce chiffre reste considérable ", souligne le professeur Gilles Brücker, directeur général de l'Institut de veille sanitaire (InVS).
Une politique de lutte est menée depuis plus dix ans par le ministère de la santé. Au cours des années 1990, différentes structures ont vu le jour : des comités de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN), chargés d'organiser la surveillance, la prévention et la formation des personnels médicaux, ont été créés dans les établissements publics de santé (depuis 1998 dans les cliniques privées) ainsi que des centres de coordination interrégionaux (CCLIN) et un Comité technique national (CTIN). Objectif : sensibiliser les professionnels au problème et, surtout, diffuser des recommandations de bonnes pratiques d'hygiène.
Si le risque zéro en matière de transmission de ces infections n'existe pas, il est, en revanche, possible de limiter leur fréquence et leur gravité en respectant une série de précautions : lavage des mains du personnel soignant avant et après chaque soin, désinfection de la peau du patient avant tout geste invasif (perfusion, opération), stérilisation du matériel, développement de l'utilisation de matériel à usage unique (pour les biopsie et endoscopie), isolement des patients atteints de maladies contagieuses, etc.
" Les médecins hygiénistes sont davantage écoutés qu'auparavant ", estime Dominique Martin, directeur de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (Oniam). Un avis que ne partage pas Alain-Michel Ceretti, président d'une association d'usagers victimes d'infections nosocomiales, le Lien. " Le système est tellement castrateur que les initiatives positives sont tuées dans l'oeuf. Un professionnel qui a envie de bien faire est considéré comme un emmerdeur ", résume-t-il.
Selon les études menées, les infections les plus fréquentes concernent celles de l'appareil urinaire (36 %, liées à la pose d'une sonde urinaire), des voies respiratoires (21 %, ventilation assistée), des infections postopératoires (11 %, intervention chirurgicale) et du système sanguin (6 %, pose d'un cathéter). Parce que les infections nosocomiales touchent davantage les patients les plus fragiles, les services hospitaliers les plus concernés sont ceux qui accueillent les malades les plus gravement atteints : réanimation, cancérologie, chirurgie...

PRÉOCCUPATION NATIONALE.
Avec, globalement 7 % de patients hospitaliers présentant une infection nosocomiale, la France se situe dans la moyenne européenne. En revanche, elle demeure la plus mal placée en matière d'antibiorésistance. " Nous n'avons pas plus d'infections qu'ailleurs mais plus d'infections à germes résistants ", résume Gilles Brücker. Alors que le staphylocoque doré est l'un des germes les plus fréquemment identifiés lors d'une infection nosocomiale, ce dernier est résistant à la méthicilline (traitement antibiotique de référence). Pourquoi ? " Les médecins recourent trop systématiquement aux antibiotiques à large spectre ", explique le directeur de l'InVS. " On a trop fonctionné dans une démarche très individuelle du soin au lieu de réfléchir à une démarche collective. On a trop longtemps privilégié l'antibiotique plutôt que l'hygiène hospitalière. "
Le problème de la résistance aux antibiotiques va " nécessiter des efforts considérables ", reconnaît M. Brücker. " Tant que la lutte contre les infections nosocomiales faisait porter le chapeau aux infirmières qui ne se lavaient pas assez les mains, les médecins ne se sentaient pas concernés. Maintenant que l'on touche au symbole médical, c'est-à-dire à la prescription, les choses sont beaucoup plus difficiles. " Mais, insiste-t-il, " le problème posé par les phénomènes de résistance aux antibiotiques est devenu une préoccupation nationale ".

imprimer fermer la fenêtre