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Au manque d'hygiène s'ajoute
la résistance aux antibiotiques.
C'EST UN SUJET qui peut
faire froid dans le dos. D'après des enquêtes
de prévalence, environ 800 000 patients contractent
chaque année en France une infection nosocomiale,
c'est-à-dire à l'hôpital. Si ces
infections présentent des degrés de gravité
très divers - selon l'état médical
initial du malade, son âge et la virulence de
l'agent infectieux -, certaines peuvent être fatales.
Alors que le chiffre de 10 000 décès par
an était communément avancé, une
étude, réalisée en 2002 par le
Centre de coordination de la lutte contre les infections
nosocomiales (CCLIN) Paris-Nord auprès de 16
hôpitaux volontaires, évalue, pour la première
fois, la proportion de décès directement
imputable à ce type d'infection.
SENSIBILISER LES PROFESSIONNELS.
Analysant 1 945 décès survenus après
48 heures d'hospitalisation, les experts du CCLIN ont
estimé que 284 décès étaient
imputables à une infection nosocomiale, dont
155 " de manière possible " et 129
" de manière certaine ". Parmi ces
129 décès, 55 concernent des patients
pour lesquels le pronostic vital " n'était
pas engagé ". En extrapolant ces chiffres
à l'échelle nationale, les experts du
CCLIN estiment que les infections nosocomiales "
contribuent directement de façon certaine "
au décès d'environ 4 000 patients chaque
année en France. " Ce chiffre reste considérable
", souligne le professeur Gilles Brücker,
directeur général de l'Institut de veille
sanitaire (InVS).
Une politique de lutte est menée depuis plus
dix ans par le ministère de la santé.
Au cours des années 1990, différentes
structures ont vu le jour : des comités de lutte
contre les infections nosocomiales (CLIN), chargés
d'organiser la surveillance, la prévention et
la formation des personnels médicaux, ont été
créés dans les établissements publics
de santé (depuis 1998 dans les cliniques privées)
ainsi que des centres de coordination interrégionaux
(CCLIN) et un Comité technique national (CTIN).
Objectif : sensibiliser les professionnels au problème
et, surtout, diffuser des recommandations de bonnes
pratiques d'hygiène.
Si le risque zéro en matière de transmission
de ces infections n'existe pas, il est, en revanche,
possible de limiter leur fréquence et leur gravité
en respectant une série de précautions
: lavage des mains du personnel soignant avant et après
chaque soin, désinfection de la peau du patient
avant tout geste invasif (perfusion, opération),
stérilisation du matériel, développement
de l'utilisation de matériel à usage unique
(pour les biopsie et endoscopie), isolement des patients
atteints de maladies contagieuses, etc.
" Les médecins hygiénistes sont davantage
écoutés qu'auparavant ", estime Dominique
Martin, directeur de l'Office national d'indemnisation
des accidents médicaux (Oniam). Un avis que ne
partage pas Alain-Michel Ceretti, président d'une
association d'usagers victimes d'infections nosocomiales,
le Lien. " Le système est tellement castrateur
que les initiatives positives sont tuées dans
l'oeuf. Un professionnel qui a envie de bien faire est
considéré comme un emmerdeur ", résume-t-il.
Selon les études menées, les infections
les plus fréquentes concernent celles de l'appareil
urinaire (36 %, liées à la pose d'une
sonde urinaire), des voies respiratoires (21 %, ventilation
assistée), des infections postopératoires
(11 %, intervention chirurgicale) et du système
sanguin (6 %, pose d'un cathéter). Parce que
les infections nosocomiales touchent davantage les patients
les plus fragiles, les services hospitaliers les plus
concernés sont ceux qui accueillent les malades
les plus gravement atteints : réanimation, cancérologie,
chirurgie...
PRÉOCCUPATION NATIONALE.
Avec, globalement 7 % de patients hospitaliers présentant
une infection nosocomiale, la France se situe dans la
moyenne européenne. En revanche, elle demeure
la plus mal placée en matière d'antibiorésistance.
" Nous n'avons pas plus d'infections qu'ailleurs
mais plus d'infections à germes résistants
", résume Gilles Brücker. Alors que
le staphylocoque doré est l'un des germes les
plus fréquemment identifiés lors d'une
infection nosocomiale, ce dernier est résistant
à la méthicilline (traitement antibiotique
de référence). Pourquoi ? " Les médecins
recourent trop systématiquement aux antibiotiques
à large spectre ", explique le directeur
de l'InVS. " On a trop fonctionné dans une
démarche très individuelle du soin au
lieu de réfléchir à une démarche
collective. On a trop longtemps privilégié
l'antibiotique plutôt que l'hygiène hospitalière.
"
Le problème de la résistance aux antibiotiques
va " nécessiter des efforts considérables
", reconnaît M. Brücker. " Tant
que la lutte contre les infections nosocomiales faisait
porter le chapeau aux infirmières qui ne se lavaient
pas assez les mains, les médecins ne se sentaient
pas concernés. Maintenant que l'on touche au
symbole médical, c'est-à-dire à
la prescription, les choses sont beaucoup plus difficiles.
" Mais, insiste-t-il, " le problème
posé par les phénomènes de résistance
aux antibiotiques est devenu une préoccupation
nationale ".
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